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L’histoire d’Illustrator : le logiciel de dessin vectoriel devenu un standard

Logiciel de dessin vectoriel, Illustrator est une solution de la gamme Adobe qui fonctionne au sein de la Creative Cloud, mais reste indépendant. Son histoire remonte presque à la préhistoire de l’informatique, au milieu des années 80, quand tout restait à faire. À cette époque, dans chaque domaine, plusieurs solutions étaient en concurrence. Chacun tentait de se tailler la part du lion. De nos jours, Illustrator n’est pas la seule application de dessin vectoriel. Cependant, il faut avouer qu’il s’agit du standard en la matière.

La différence entre le vectoriel et l’image

Pour comprendre cette différence, il faut déjà savoir que les formats dits « pixellisés » et « vectoriels » sont les standards à l’heure actuelle. Le pixel règne sur la photographie et le montage numérique, alors que le vectoriel est destiné à la création graphique de logos ou d’illustration. Bien sûr, je grossis le trait. Chaque monde empiète parfois sur l’autre. Par exemple, Photoshop était un logiciel entièrement dévolu aux images pixellisées. Depuis longtemps, il propose des outils de création de formes vectorielles. D’ailleurs, le texte est vectoriel. Ce n’est qu’une fois « aplati » dans une image que le texte se fond avec les pixels de l’image.

La grande différence entre pixel et vecteur

Pour faire simple, une image pixellisée dépend entièrement de sa résolution et du nombre de pixels qu’elle contient. À l’inverse, une illustration vectorielle ou un logo s’en affranchissent totalement. Une photo montrera très vite ses pixels quand elle est agrandie.

À gauche, l’image à 100%. À droite, agrandie à 350%. Photo © David Clode/Unsplash

En revanche, un fichier vectoriel peut être agrandit d’une toute petite taille à celle d’une affiche sans aucune perte.

Une grenouille vectorielle. À droite, il n’y a aucune perte de qualité, même après un fort agrandissement. Image © Macrovector

Bien évidemment, même certaines illustrations se rapprochent de la réalité grâce aux talents des créatifs, une photo reste une photo. Le vecteur ne remplace pas le pixel et inversement, sauf en quelques rares exceptions.

Les débuts d’Illustrator

Tout comme Photoshop, Illustrator est né dans les locaux d’Adobe Systems. Il a aussi été développé à destination du monde Mac. En 1985, Illustrator n’était qu’un portage d’un logiciel de création de polices de caractères et de modifications de fichiers PostScript, un format de description vectorielle à destination des imprimantes créé par Adobe.

Proposer Illustrator sur Mac n’était pas une opération commerciale avec des visées ambitieuses. À cette époque, l’ordinateur d’Apple, vieux d’à peine un an, était très peu présent sur le marché et ne possédait qu’une seule imprimante qui soit compatible avec le PostScript. La LaserWriter, conçue par Apple, était peu répandue et très onéreuse. De plus, le Mac n’offrait qu’un écran 9 pouces en noir et blanc.

Macintosh Plus et son imprimante LaserWriter. Photo © Mac Fan Portal

À ce moment, sur Mac, le seul logiciel de dessin existant était MacDraw, une solution maison. Basée sur le pixel, cette application était peu précise et limitée. La fiabilité d’Illustrator et ses courbes de Bézier emportèrent vite l’adhésion des professionnels.

MacDraw (1987). Image © Playforthoughts

En 1989, à l’occasion de la sortie d’Illustrator 2, Adobe porte le logiciel sous Windows.

La vidéo ci-dessous, intitulée Meet Adobe Illustrator est une présentation du logiciel sur Mac en 1987. Elle met en avant les possibilités du dessin vectoriel. Cette vidéo est tirée d’une cassette VHS, d’où sa qualité médiocre.

La confrontation avec Aldus FreeHand

Aldus FreeHand est une autre application de dessin vectoriel. Elle a été développée par la société Altsys Corporation et lancée en 1988. Ce fut le début d’une compétition avec Illustrator. Chaque solution faisant progresser ses outils pour rivaliser ou dépasser l’autre. Très complet dès ses débuts, FreeHand pourrait se comparer, de nos jours à une mélange entre un logiciel de dessin vectoriel et un outil de mise en page. Illustrator est tout cela actuellement, mais à l’époque, ce n’était pas encore le cas.

Aldus FreeHand 1.0 (1988). Image © Museu Capixaba do Computador.

L’acquisition de Freehand en deux temps

La compétition a fait rage jusqu’en 1994, année où Altsys Corporation a été racheté par Adobe. Le monopole étant, dans une certaine mesure, bridé aux États-Unis, la Federal Trade Commission a obligé à rendre FreeHand à AltSys Corporation, à cause du chevauchement des marchés avec Illustrator. Mais cette société, appelée à ne pas rester sur le marché, a été acquise par Macromedia, une entreprise de solutions graphiques qui développait Dreamweaver et Flash. Un rival direct d’Adobe.

FreeHand 5, la première version dans le giron de Macromedia.

Macromedia a géré FreeHand dans ses versions 5 à 11. Parallèlement, FreeHand s’est largement laissé distancer par Illustrator au cours des années 90. En 2005, Adobe rachète Macromedia. Depuis, le développement de FreeHand a été abandonné, laissant le champ libre à Illustrator.

Des années 90 décisives

En 1989/1990, Illustrator passe en version 3. Cette mise à jour significative apporte son lot d’innovations. Au menu, on trouve le support de la couleur et la gestion des calques, donnant ainsi aux artistes et autres infographistes, plus de latitude dans leurs créations.

L’écran de démarrage d’Adobe Illustrator 3 (1990). Image © Guidebookgallery.

Illustrator renforce sa position dans le marché de la conception graphique. L’application est devenue un élément-clé dans le flux de travail de nombreux graphistes. Durant cette décennie, les utilisateurs verront se succéder de nombreuses versions, jusqu’à la 8 en 1998.

La boite contenant les CD-ROM d’installation d’Illustrator 8 sous Windows. Image © Eli’s Software Encyclopedia.

Les années 2000 et les versions Creative

Illustrator 9, sorti en 2000, comportait une nouvelle fonction de retraçage bien connue de nos jours. En effet, le logiciel permettait de redessiner automatiquement des formes relativement simple d’après des images. Cet outil provient de l’application Adobe Streamline qui était entièrement dédiée au retraçage. Cette solution a été abandonnée au cours de sa version 4 en 2005. Cette version 9 d’Illustrator inaugurait également la prise en charge de graphiques en trois dimensions.

En 2003, Adobe lance la Creative Suite, composée d’Illustrator, Photoshop et InDesign. Cette version d’Illustrator, estampillée 11, ajoutait la possibilité d’extruder des objets pour en faire des éléments 3D. La version suivante, nommée Illustrator CS2 (12) est celle qui a vu le rachat de Macromedia et donc du concurrent FreeHand.

En 2012, alors que la suite en est à sa sixième version, Adobe annonce que ce seront les derniers logiciels de la marque à être livrés en version physique (CD). La Creative Suite 7 et ses mises à jour seront uniquement disponibles au téléchargement. Cela a fait réagir le monde de la création graphique, mais l’évolution était là.

L’ère de la Creative Cloud

L’année suivante, Adobe lance un autre pavé dans la mare. La Creative Suite devient la Creative Cloud (CC). Ce nouveau service signifie l’arrêt des achats de licences des applications de l’éditeur. À partir de cet instant, c’est l’abonnement qui prend la suite. De multiples options sont proposées, incluant tels ou tels logiciels, selon des thèmes comme la création graphique, le montage vidéo ou encore le développement web.

Ce changement de rémunération qui passe d’un achat d’une licence perpétuelle, certes souvent élevée, à un modèle économique basé sur l’abonnement a donné lieu à d’importantes critiques. Selon l’éditeur, cette manière de procéder était bonne pour l’utilisateur car les mises à jour seraient plus nombreuses et les applications toujours à niveau. Cependant, Adobe ne trompe personne. S’il est vrai que Photoshop est l’un des logiciels les plus piratés au monde, cela ne suffit pas à expliquer ce nouveau modèle, bien plus intéressant financièrement pour l’éditeur que pour l’utilisateur.

Pour voir le cynisme d’Adobe, il ne faut pas aller bien loin. En 2019, des utilisateurs qui n’avaient pas mis à jour leurs logiciels en version CC, ce qui étaient leur droit puisqu’ils avaient acheté des licences perpétuelles, ont été mis en demeure par courrier que l’éditeur résiliait ces dernières s’ils ne les mettaient pas à jour.

L’arrivée de l’intelligence artificielle générative

Ces dernières années ont été bousculées par l’intégration de l’intelligence artificielle générative d’Adobe dans ses logiciels. Photoshop a été le point d’entrée. Ensuite, Illustrator s’est enrichit de fonctionnalités liées à l’intelligence artificielle qui vont décupler les possibilités.

L’évolution des icônes d’Illustrator

Comme tout logiciel, Illustrator a changé d’icône dans beaucoup de versions. Celle qui est actuellement utilisée l’est depuis 2020. J’ai une tendresse particulière pour celle de 2001, de loin la plus travaillée.

Les icônes d’Illustrator, de 1987 à nos jours. Image © Typetopia.

L’historique des versions

Ce tableau retrace fidèlement l’évolution des versions majeures d’Illustrator depuis ses débuts.

Année de sortieNuméro de version
Date de sortieVersion
19871
198888 (1.7)
19892
19903
19924
19935
19966
19977
19988
20009
200110
2003CS (11)
2005CS2 (12)
2007CS3 (13)
2008CS4 (14)
2010CS5 (15)
2012CS6 (16)
2013CC (17)
2014CC 2014 (18)
2015CC 2015 (19)
2016CC 2015.3 (20)
2016CC 2017 (21)
2017CC 2018 (22)
2018CC 2019 (23)
20192020 (24)
20202021 (25)
20212022 (26)
20222023 (27)
20232024 (28)
20242025 (29)
20252026 (30)